Chapitre 1 : The Funeral party.
Dix octobre deux mille trois. C'était le plus beau jour de l'année, encore plus beau que les soixante et un jours d'été. Le soleil revêtait son plus beau costume, le ciel était d'un bleu azur qui, troué par de petits nuages blancs aurait pu être peint par un artiste ; un tableau éphémère.
Elle n'avait pas dormi de la nuit, son cerveau se répétait sans cesse cet incident qui avait coûté la vie à deux personnes. Sa mère déposait de l'argent sur son compte alors que trois personnes, vêtues de noir et d'une cagoule, entrèrent dans la banque et la cambriolèrent. Elle resserra les poings, mordit dans son oreiller pour stopper les cris de souffrance, sa mère n'avait que quarante cinq ans, sa fille en avait à peine dix huit.
Elle s'en voulait de ne pas avoir été là pour l'aider, même si cela n'aurait peut être rien changé, voir la tuer aussi. Mais si sa mort avait pu éviter celle de sa mère, elle se serait bien sacrifiée. Ses ongles s'enfoncèrent dans l'oreiller ; elle se sentait seule, dépourvue de repères, totalement lâchée dans une forêt sans carte ni boussole. Même si son père était encore en vie et qu'elle habitait toujours dans la maison familiale, son père n'était pas quelqu'un qui laissait paraître ses sentiments. A la mort de sa femme il ne prononça aucun mot, il laissa tomber son téléphone et pendant une dizaine de minutes son regard se fixa contre le mur jaunâtre de son bureau d'informaticien. Il était devenu une statue de cire avec un regard brouillé. Livide. Lorsqu'il annonça la nouvelle à sa fille, ses mots étaient envoyés dans un ton monocorde qui ne convenait vraiment pas à la situation.
La matinée paraissait interminable, ses yeux fusillaient l'horloge du regard. Cela n'avait aucune incidence sur l'heure mais cela occupait son esprit. Aujourd'hui était le jour des funérailles et elle pensait sans cesse à ce qui allait se passer, un dur et long moment, un souvenir indélébile ancré à tout jamais dans une petite partie de son cerveau et de son c½ur. Elle sanglota en pensant à ces moments passés avec sa mère ; on a souvent tendance à dire que les morts voient leur vie défiler avant de mourir, mais les vivants voient aussi les moments passés avec les morts défiler devant eux. Personne n'était là pour la réconforter, son père était parti avant qu'elle ne se « réveille », depuis l'accident ses amis se sont éloignés d'elle alors que c'est dans ces moments là qu'elle avait le plus besoin d'eux. Elle avait quitté son petit copain quelques jours après l'accident. Elle se sentait seule... et elle l'était...
Les heures passèrent difficilement mais le temps était venu de quitter sa maison pour aller une première et dernière fois au salon funéraire. Dans sa voiture décapotable achetée récemment, elle allait à toute vitesse, cheveux au vent, voulant ressentir la sensation d'être toujours vivante, prisonnière de ce monde, de ce monde qui défilait à quatre vingt à l'heure. Elle appuya sur l'accélérateur – Elle aurait pu se donner la mort en brûlant un feu rouge mais l'idée s'effaça de sa mémoire lorsqu'elle pensa à son père. Il était encore là, il ne fallait pas le laisser tomber.
Lorsqu'elle se retrouva en face du salon funéraire son c½ur battait à cent à l'heure, son père l'attendait devant, les mains derrière le dos la tête baissée, son comportement se retranscrivait sur le sien. Elle se raidit au fil des pas, ses jambes deviennent flasques. Son père lui pris la main comme pour l'aider à avancer, ce qu'il faisait lorsqu'elle était toute petite. Chaque pas lui faisaient mal au c½ur et sa main serrait celle de son père avec une telle force qu'elle en devenait rouge sang.
La façade du bâtiment était recouverte de vitrage, à l'extérieur les murs étaient d'un jaune beige qui donnait une sensation d'apaisement. Un tableau mettant en scène deux anges allant vers la lumière était accroché en haut d'un mur.
Devant eux il y avait quatre portes, des portes numérotées faisant dans les trois mètres de hauteur dans une couleur se rapprochant beaucoup de celles des murs. A côté de chaque porte il y avait deux pupitres, le plus grand était accompagné d'un livre et le second, lui était plus petit il y était inscrit le nom du défunt.
« Madame Julia Roze épouse Molina - Salon 3 »
Elle déglutie en voyant son chiffre fétiche inscrit sur l'affiche accompagné du nom de sa mère, elle regarda sur le livre tous les noms et les messages de soutien à la famille, des tas de noms s'entassaient avec des messages qui se ressemblaient « Sincères condoléances... ». Des noms défilaient par centaines sur chaque page du livre, cela lui donna du réconfort même si ce n'était que des noms et que des mots.
L'accident qu'avait vécu sa mère avait touché toute la population. La nouvelle avait été relayée par les médias qui se faisaient un maximum d'audience. Lorsqu'elle voyait la photo de sa mère sur l'écran de télévision elle changea de chaîne ; lorsqu'elle la voyait sur toutes les chaînes, elle débrancha l'appareil, prit sa voiture et s'en alla vers la plage.
Une famille rentra dans le salon numéro quatre, les pleurs des vivants s'entendaient même à travers la porte gigantesque. Elle serra encore plus fort la main de son père en les entendant et recula de la porte, elle n'était pas prête à ce moment. Elle s'asseyait sur une chaise qui trainait et son père fit de même.
- « Prends ton temps. » Lui disait – il
Elle souriait mais c'était un sourire effacé, elle n'avait plus la force de sourire. Ses yeux se remplissaient de larmes, son regard se brouillait comme lorsqu'on regarde à travers un verre rempli d'eau, mais elle ne pleurait pas. Elle se battait pour ne pas laisser couler une larme, elle attendait le bon moment. Y - en avait – il un ? Les bons moments s'étaient évaporés comme de la buée sur une vitre.
Elle se ressaisit, se leva de sa chaise, son père l'accompagna. Pour elle c'était l'heure de la dernière visite, de ce dernier moment, celui qui resterait gravé dans sa mémoire à tout jamais. La cloche de l'église sonna lorsqu'elle saisit la poignée. Est – ce un signe ?
Lorsqu'elle ouvrit la porte, l'intensité de la lumière diminua, des tas de fleurs étaient éparpillées dans toute la pièce, l'odeur qui s'en dégagea était exquis à l'instar de la pièce qui était fraîche. Cela lui chatouillait les narines.
A cet instant elle n'avait pas encore posé ses yeux sur la dépouille de sa maman, elle avait déposé son regard sur chacune de ces fleurs, reculant ainsi le moment ultime, la confrontation. Son père s'asseya sur un fauteuil à droite de sa femme.
Un silence pesa sur l'atmosphère.
- « Bonjour Julia. Dit une voix douce et mélancolique.
A cet instant, elle arrêta de fixer les fleurs pour se figer sur le visage de son père.
- Tu as vu, elle nous sourit. » Dit son père en regardant sa fille.
« Elle nous sourit », ces mots se répétait dans sa tête, avait – elle bien entendu ? D'un coup elle fondit en larme, c'était plus fort qu'elle, les vannes étaient ouvertes. Elle regarda pour la première fois sa mère décédée, c'était son portrait tout craché, elle était belle, ses longs cheveux bruns bouclés s'arrêtait sur sa poitrine, malgré la blancheur de sa peau son visage était rayonnant. En voyant sa mère elle se précipita sur la poitrine de son père pour pleurer.
Oui elle souriait. Son père garda sa fille fortement contre sa poitrine dans un silence de marbre. Dans sa tête, tout défilait. Son seul souhait était que sa mère puisse se réveiller à cet instant...
~ Elle s'appelait Sarah Molina.
« Si tu fermes les yeux
Alors tu verras au final
Que tu es toujours là avec moi. »